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Ne prenez rien pour la route !
« Pas de sac à dos ! Pas de sandwich ! Pas de carte bleue ou de monnaie sur vous ! On s’était mis d’accord. Vous avez pris votre bâton ? Non, Pierre, je le répète, les chaussures de marche ne sont pas autorisées. Que des sandales ! Pas de tenue de rechange ? C’est bon ! Vous manquez d’à peu près tout. Vous pouvez y aller. Eh, minute papillon ! Pas chacun de votre côté ! Deux par deux, j’ai dit. »
Et les douze s’en allèrent ainsi, deux par deux, sur les routes de Galilée. À voir les couples improbables que Jésus avait formés, il y avait vraiment de quoi rire. Matthieu, le publicain, par exemple, et Pierre le pécheur. Qui aurait imaginé les voir un jour réunis ? L’un passait ses journées à compter l’argent des impôts et était méprisé de tous. « Collabo ! » disait-on en le croisant parfois. L’autre péchait sur le lac de Tibériade et reprisait ses filets. Les voilà maintenant sur les routes, sans un rond. Et ces deux là qui s’en vont vers Chorazein : Jacques, « le fils du tonnerre », comme on l’appelle (faut dire qu’il s’emporte tout le temps) et Juda, un garçon gentil, ordonné, mais incapable de décocher un mot. Sur la route de Cana marchent Simon le zélote et Jean le plus jeune de la bande. Le premier soule son monde avec ses histoires de liturgie, de Temple et de résistance contre les Romains ; le second rêve à la vue des champs de blé balayés par le vent. Comme vous le voyez, Jésus n’a pas choisi des super-héros. On aurait imaginé peut-être d’autres personnes, plus qualifiées, un peu moins « gros grains », plus présentables. Eh bien, non ! Ce sont des hommes ordinaires que le Seigneur a appelés.
Ils sont partis sans rien sur eux, sans savoir s’ils mangeraient à midi, où ils dormiraient... Ils ont peiné. Ils ont sué. Ils ont eut faim et froid. Mais jamais ils n’ont été si heureux. « Pas facile, disaient-ils, de se retrouver sans rien, d’aller mendier son pain, de tendre la main. Pas facile de faire confiance à Dieu, de s’abandonner à la providence, de prêcher à des inconnus... Et pourtant nous avons la meilleure place. Le Seigneur est là, avec nous. Il ne nous laisse pas tomber. Le maître avait bien prévu son coup ! Nous voulions l’aider ? Nous voulions apprendre à prier ? C’est fait ! Oui, Seigneur, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite. Donne-nous notre pain de ce jour car nous n’avons rien à manger. Nous ne savons pas qui nous rencontrerons aujourd’hui. Si nous offensons quelqu’un, pardonne-nous, comme nous pardonnons à ceux qui, peut-être, ne nous accueillerons pas et ne nous écouterons pas. Tu nous as donné autorité sur les esprits impurs. Nous t’en prions, Seigneur, ne nous laisse pas entrer en tentation et délivre-nous du mal. Amen. »