Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

Venez au repas des noces !
 
Le royaume des cieux est décrit comme une fête. Le royaume des cieux est semblable à un roi qui célébra les noces de son fils. A cette fête, tout le monde est invité. Personne n’est exclu.
Venez au repas des noces ! Ce n’est pas un simple apéritif. Encore moins un repas tiré du sac, un panier ou un plateau repas. C’est plus qu’un buffet. Une vraie fête qui a lieu dans la salle du banquet. La fête est prête, il faut venir festoyer. Le roi a dressé une table de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. Venez, manger, boire, danser. Venez, exaltez et réjouissez-vous !
C’est le roi qui invite. Ce n’est pas un roi ordinaire. A maintes reprises, il envoie ses serviteurs chercher les convives. Plusieurs fois dans la journée, il invite. Pas pour son intérêt, il se soucie de tout le monde. Et il lui en coûte d’attendre les invités. Il attend honorer ses invités, leur dire combien il est heureux de les recevoir dans la salle du banquet. Il fait venir à lui, les bons comme les mauvais. Ce roi étonnant, plein de bonté, qui offre la fête à tous, c’est Dieu. Un Dieu toujours là, qui invite inlassablement, qui renouvelle sans cesse son alliance. Son amour.
Venez au repas des noces. Dieu appelle toujours pour purifier, relever, sauver. Dieu veut introduire tous les hommes au bonheur. Il appelle quiconque pour ce bonheur offert. Dieu nous invite à la fête, mais hélas, certains préfèrent leurs occupations que de venir à la fête. Les invités ne veulent pas venir. Invitation faite, mais non reçue. Des invités encrés dans la routine de leur vie. Sans avoir le courage d’en sortir.  Le roi ne se décourage pas pour autant. Dieu ne désespère pas. Les portes restent ouvertes. Alors il en invite d’autres. Il invite largement. Une invitation renouvelée. Dieu invite, Dieu appelle.  Il a tout préparé pour recevoir ses invités. Dieu propose de partager sa joie.
Comment expliquer que les invités à un tel festin se permettent de dédaigner l’invitation ? L’invitation du roi ne fait pas le poids par rapport aux occupations et aux préoccupations habituelles des invités. Un s’en va à son champ, un autre à son commerce.  Ils préfèrent rester à leurs occupations habituelles.
Belle image ces noces. Dieu, semblable à un roi qui invite. Les invités ne demandent rien. C’est le roi qui vient à eux. Mais, et nous, comment nous accueillons l’invitation qui nous est faite par le Seigneur ?  Invitation à nous laisser déplacer, pour être avec lui. Invitation à la joie. Comment est-ce que nous répondons ? Qu’est-ce qui passe en premier ? Quelles sont les raisons pour décliner l’invitation ? Qu’est-ce qui résiste en nous jusqu’à soulever la colère de Dieu ?
Notre routine, c’est ce que nous savons gérer. C’est là où nous sommes des maîtres. Nous préférons souvent l’étroitesse de notre routine à une nouveauté qui est pour nous comme quelque chose d’inconnu. Et c’est bien là le défi du royaume de Dieu. Accepter l’invitation du seigneur, partager son intimité, c’est comme se jeter dans un univers dans lequel nous n’avons aucune prise. C’est partir dans l’inconnu. Et dans cet inconnu de l’amour, nous sommes encore une fois dans le royaume de la grâce.
Venez au repas des noces ! Il y a fête chez Dieu. Il y a fête dans le royaume des cieux. Voyons comment le roi nous stimule à prendre part à ce banquet. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les au repas des noces. Etre invité par le roi, alors que nous n’avons bien sûr rien mérité par nous-mêmes, c’est accepter de lui être redevable en tout, et de ne pouvoir se prévaloir de rien. C’est peut-être d’ailleurs là l’inconfort de l’invité qui, dans la salle, n’a pas revêtu le vêtement des noces. Il s’est cru autorisé à pouvoir profiter du festin sans se laisser dépouiller de son vieux vêtement pour recevoir comme un cadeau le vêtement des noces. Alors nous comprenons que nous ne pouvons vraiment entrer dans cette intimité de Dieu qu’en étant comme les pauvres, oui les pauvres qui n’ont rien à offrir, et qui du coup se sont laissés invités par le Seigneur, entrant dans la dynamique de la gratuité de son amour.
C’est quoi cette fête, ce banquet ? C’est le salut que Dieu veut nous offrir. S’asseoir à la table du banquet requiert quelques conditions. Ratifier l’appel, s’engager dans l’alliance. C’est le symbole du vêtement des noces. Nul ne peut prétendre au salut sans revêtir le Christ. Ratifier l’appel, n’est-ce pas proclamer sa foi, à l’inverse du convive qui reste muet ? Mon ami comment es-tu entré ici ? Il ne répond pas. Par peur ou tout simplement parce qu’il manque les mots ? Alors, la question de Jésus nous rejoint.
Qu’avons-nous fait de la grâce de notre baptême ? Quelle est notre mission ? Quelle est notre foi, quel est notre témoignage ? Ce témoignage qui ne doit pas être étouffé par les soucis et les occupations de la vie. Quel acte de foi avons-nous posé devant les autres ? Le vêtement des noces, l’uniforme des chrétiens, c’est la charité. Quelle a été notre charité, quelle a été notre miséricorde quand l’offense nous a blessés ? A quoi sommes-nous appelés ? Si non à témoigner du Christ Jésus ! Et comment ? Par nos actes, nos paroles, notre vie même. Malheureusement, comme l’homme resté muet, quelque fois nous pouvons nous sentir incapable. Et nous pouvons penser que nous ne pouvons rien dire parce que nous n’avons rien à dire. Que nous ne sommes pas capables d’assurer cette mission. Alors notre foi se rétrécie. Notre cœur se ferme et notre horizon se réduit. Pourtant la semence reçue le jour de notre baptême est toujours présente et elle demande à grandir, donner du fruit. Notre foi, notre témoignage, pour l’offrir au Seigneur, il faut d’abord connaître et reconnaître sa présence dans notre vie. Avoir expérimenté son amour et sa miséricorde. Sans cela, le danger nous guette. Nous pouvons refuser d’accueillir l’invitation et même combattre le royaume de Dieu, nous pouvons aussi sans refuser le Christ, nous laisser envahir par la peur. Peur d’être différent, peur de témoigner, peur de la réaction des autres. N’ayons pas peur d’être chrétien, de nous comporter en chrétien. D’être témoin de l’espérance, cette espérance dont le monde a tant besoin.
Venez au repas des noces ! L’appel n’est pas une assurance pour la vie. Mais c’est une invitation qui attend réponse, engagement, accueil de l’esprit dans le quotidien.  Le Seigneur nous invite à entrer dans son intimité. Il nous presse car l’amour n’attend pas. Mais souvent, nous préférons continuer à gérer nos petites affaires. A assurer notre vie plutôt que de venir à la fête et goûter sa joie.
Dieu nous invite tous sans distinction, Dieu veut sauver tous les hommes. Des bons, des mauvais. Nous pouvons imaginer la joie des convives. Joie dans un face à face avec le roi qui les reçoit. Alors, ne dédaignons pas l’invitation, acceptons d’entrer dans cette surabondance, gratuité d’honneur que nous fait le Seigneur


fr. Antoine Tingba, op


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