Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

« Que cherchez-vous ? » C’est la première phrase prononcée par Jésus dans l’Évangile de Jean. Cette question est un test, une mise à l’épreuve. Elle contient plusieurs autres questions, qui vont s’ouvrir les unes après les autres, comme des pétales.
Elle semble s’intéresser à ce que recherchent les disciples de Jean, à l’objet de leur quête. Mais de ce fait, elle leur en apprend beaucoup sur eux-mêmes, leur désir de Dieu, d’un Messie, d’un salut terrestre, un succès politique ou bien céleste, une grâce qui fait voir et aimer Dieu.
« Que cherchez-vous ? » est la première question de Jésus. Elle traverse les siècles, elle nous atteint de plein fouet.
Voici que nous sommes chrétiens, du mieux que nous pouvons. Le Christ nous est familier, comme un compagnon. Il appartient à notre vie. En un sens, nous n’avons plus besoin d’aller le chercher, nous l’avons trouvé. C’est d’ailleurs lui qui nous a trouvés.
En un autre sens, nous l’avons trouvé mais par un côté ou bien par un autre, avec des ombres et des lumières, partiellement. Peut-être manque-t-il un je-ne-sais-quoi.
Que cherchez-vous ? – Je cherche un Dieu consolateur. Il exauce ma prière, il guérit les maladies, il protège de la mort violente. Lumières et ombres dans une telle recherche, lumière certes, car Jésus a dit : « Venez à moi et je vous procurerai le repos ».
Mais son repos n’est pas le bien-être. Il passe par son joug, réputé léger, mais enfin, par la croix, la mort et la résurrection. Après tout, c’est la part d’ombre, les chrétiens ne sont pas mieux consolés que les autres. Leurs vœux sont loin d’être tous exaucés, surtout s’ils sont terrestres. Le Christ ne nous a promis ni l’abondance des biens, ni de trouver l’amour, ni de conserver la santé. Il ne guérit pas les maladies sauf cas rarissime, les chrétiens sont aussi malades que les autres, il ne protège ni de la mort violente ni de la mort tout court. Cela se saurait. On le verrait. La panacée aurait un succès mondial. À le chercher ainsi, nous viserions quelque chose de juste, mais placé trop bas, comme une cible manquée.
Exauce-t-il la prière ? Oui, celle qui se fait instante pour le salut des âmes, la conversion des pécheurs. Cette prière-là n’est jamais vaine, même si les délais nous échappent.
Supposez que, par aventure, dans la rue, en faisant les soldes, vous croisiez une prostituée. Dites un « Je vous salue Marie » pour elle. À l’heure de son éternité, cette prière sera peut-être la seule dont elle disposera pour accepter la miséricorde divine.
Guérit-il les maladies ? Oui, celle de l’âme spirituelle, le péché qui s’accroche, le vice inviscéré, le dégoût de Dieu, le refus de changer de vie. Le malade doit alors collaborer à sa guérison.
Protège-t-il de la mort violente ? Oui, de celle de la mort éternelle, de l’Enfer définitif, de Dieu à jamais refusé, par orgueil. Là aussi le mourant doit enfin accepter de s’en remettre à un autre que soi, et cette dépossession est un saut dans ce qui lui semble le vide.
De toute façon, sur terre, même avec la grâce, rien n’est guéri absolument. La grâce divine sauve chaque personne. Mais la nature humaine demeure blessée par le péché originel, lequel creuse en nous des galeries de complicité. Tout ne sera définitivement sauvé et guéri qu’à la résurrection des corps, lorsque la nature restaurée resplendira de la gloire bienheureuse.
Alors, bien sûr, on peut aussi chercher des résultats plus immédiats, sonnants et trébuchants. Il y a l’embarras du choix : religions de raccroc, qui promettent autant le bonheur qu’un programme de candidat à une élection présidentielle ; guérisseurs, voyantes, stages de développement personnel, vie spirituelle à base de plantes. Les horoscopes vous disent tout en fait d’argent, d’amour et de santé. Ils sont infaillibles : « Il fait froid, vous allez attraper un rhume ».
Il y a de tout sauf le vrai Dieu et l’unique Sauveur Jésus-Christ, dans et par l’unique Église du Christ. À tout prendre, mieux valaient les anciens dieux païens, égyptiens, babyloniens, grecs ou romains. Eux, au moins, guérissaient, protégeaient des périls. Ils conduisaient les défunts à l’éternité, en tout cas les rois et les dignitaires, sinon le menu peuple. Certes, ces dieux avaient l’inconvénient de ne pas exister, mais ils faisaient bien leur travail. Ils rassuraient.
Que cherchez-vous ?
Jésus vient d’être désigné par Jean-Baptiste comme l’Agneau de Dieu, cet animal innocent destiné au sacrifice. Si l’Agneau est celui que nous cherchons, nous savons à qui nous allons, et ce qui risque de se passer. C‘est à lui que nous serons conduits, il nous sauvera, mais il nous fera passer par son propre sacrifice. C’est cela que nous cherchons.
Mais voici que d’autres ne sont pas chrétiens. Que cherchent-ils ? Cherchent-ils seulement ?
Trop de chrétiens, ou qui ne le furent jamais tout en profitant des avantages de l’être, semblent ne plus chercher. Est-ce possible ?
Non, car nous sommes tous faits par Dieu et pour Dieu, notre glaise est pétrie par lui. Toute personne humaine est à l’image et ressemblance des trois personnes divines. Chercher Dieu est inscrit au plus profond de l’âme, nul ne peut s’en passer. Le désespoir le prouve à l’envers. Seul l’abrutissement est un frein. L’abrutissement est le vice opposé à l’esprit de foi : l’hébétude.
L’hébétude consiste à vivre à ras de terre, entre satiété sensuelle et paralysie de l’esprit, à propos des biens spirituels. La débauche et l’ignorance crasse, les deux entretenues, éloignent de Dieu. La vivacité spirituelle suppose une remise en ordre. L’abrutissement est un frein mais sa sœur jumelle est la paresse.
Qui cherchez-vous ? Le Christ, l’unique sauveur. C’est bien, une telle recherche fuit la paresse. Elle exige une vie placée sous l’action des sacrements, une vie nourrie de prière avec le désir de s’unir au Christ, dans la charité.
Elle exige aussi et de plus en plus, une révision des fondamentaux, à tous âges. Nul parmi nous, même s’il est charbonnier, mais parmi nous nul n’est charbonnier, ne saurait ignorer son catéchisme : complet, exact et cohérent.
Voici deux solutions, à votre choix :
Ou bien nous rédigeons un questionnaire sur la foi, un sondage inquisitorial, auquel chacun de vous devra répondre, mais il y aura des questions-pièges ; avec des punitions.
Ou bien chacun relit en entier son Catéchisme de l’Église Catholique. C’est le minimum. Interrogation écrite surprise dimanche prochain !

fr. Thierry-Dominique Humbrecht, op


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