Les Dominicains de Bordeaux Laudare, Benedicere, Praedicare

La fatigue de Dieu
Dieu ne connaît pas de fatigue. Le Seigneur est le Dieu éternel, c’est lui qui crée la terre entière, il ne faiblit pas, ne se lasse pas – s’exclame prophète en contemplant la splendeur des cieux déployés. Dieu ne se lasse pas. Nous, c’est tout autre chose. Tout acte pour nous est un effort – joyeux, souvent, pénible, parfois – mais un effort. Et tout effort est suivi par une fatigue. Parfois bonne et douce, telle la fatigue d’un enfant au soir d’une belle journée bien remplie des vacances d’été. Parfois notre fatigue est morne et grise, comme celle d’un travail qui semble inutile, comme celle d’un conflit futile et pénible.
Dieu ne connaît pas de fatigue. Pour nous elle est connaturelle. Pourra-t-il nous aider ? Pourra-t-il reverser en nous un peu de sa vigueur, un peu de sa jeunesse éternelle ? Venez à moi, vous qui peinez sous le poids du fardeau et je vous procurerai le repos. Va-t-il faire de sorte que les choses pénibles et lourdes disparaissent, ou changent si radicalement de nature qu’elles deviennent légères, éthérées ?
Dieu ne nous sauve pas par des choses éthérées. Au contraire, il vient vers nous dans ce qui est rugueux et pesant. Il vient dans notre chair, dans l’épaisseur de nos jours, avec leur grisaille et leur éclats. Lui, l’infatigable, se fatigue sur les routes de Galilée, en travaillant à la sueur de son front, il se fatigue à marcher et à parler, à écouter et à guérir. Il s’assoit, las, au bord de puits, il n’a pas où reposer la tête. Il ne fait pas disparaître le poids des choses. Il les porte. Il les prend sur lui. Dans notre faiblesse il déploie sa force. Il a tout créé sans effort. Il nous a racheté par son effort.
Ne cherchons donc pas de repos ailleurs que sous le joug du Christ. Il le porte, il nous porte. Prenons ce poids sur nous : il n’écrase pas. Il donne la force de Dieu.

fr. Pavel Syssoev, op


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